Les infirmières de la Première Guerre mondiale 14-18

Aujourd’hui, à l’heure où on fête le centenaire de l’armistice de la Première Guerre mondiale, il me fallait rendre hommage à ces infirmières qui ont accompagné les soldats et la population durant le conflit. Elles furent surnommées les « anges blancs« , on comptait 100 000 femmes dont 30 000 infirmières contre 70 000 bénévoles au service de l’armée. Elles furent brancardières, panseuses, des soignantes qui ont toujours été présentes.

Une guerre qui forme les soignants

C’est le 6 octobre 1914 que débarquèrent à Paris des milliers de soldats. Ils furent blessés, sur le point de mourir et les hôpitaux sont déjà saturés. Que faire ? On a besoin de les soigner rapidement, on a besoin de soldats sur le front. On demande à la population de l’aide, venez accueillir nos blessés, on a besoin de vous pour les soigner, les accompagner dans leur rééducation, pour panser. À cette époque, les infirmières sont encore bien trop peu nombreuses, on demande alors aux femmes disponibles de se porter volontaire dans les hôpitaux. Hôpitaux qui d’ailleurs s’ouvriront un peu partout dans divers établissements qui seront alors réquisitionnés : les lycées, les écoles, les hôtels, les grands domaines particuliers…

C’est plus de 1 480 hôpitaux auxiliaires qui verront alors le jour sur le territoire français, en plus des 754 hôpitaux militaires. En 1914 on comptait alors 100 000 infirmières pour 10 500 médecins (dont 1 500 sont militaires de carrière), ainsi que 2 400 pharmaciens. Il y aura en tout 116 689 lits de disponible durant la Grande guerre, on remarquera très vite qu’il n’y aura pas assez de soignants. Ce qu’il faut également savoir, c’est que les femmes médecins se verront exclues des hôpitaux militaires se rabattant dès lors sur le front en exerçant comme infirmière bénévoles. Les infirmières gèrent également 90 cantines de gare et 89 infirmeries de gare.

L’infirmière, surnommée l' »ange blanc » qui soigne et réconforte le soldat blessé est une véritable icône de la Première Guerre Mondiale. Pour certains, elle forme avec ses pairs une « quatrième armée » glorifiée dans les colonnes du Figaro sous la plume d’Émile Bergerat (1845-1923), poète, auteur dramatique et gendre de Théophile Gautier.

Il existe en fait différentes catégories d’infirmières : les infirmières professionnelles au nombre de 30 000, les infirmières dites temporaires au sein des hôpitaux militaires et enfin les infirmières bénévoles qui sont régies par différentes tutelles que sont la Croix-Rouge (qui mobilisera 68 000 infirmières), la Société de Secours aux Blessés Militaires, les Dames de France et enfin l’Union des Femmes Françaises. On comptera également des établissements catholiques disposant d’infirmières religieuses, ces dernières étant « chassées des hôpitaux publics à partir de 1905 ».

On apprend le métier d’infirmière, on fait face à de nouvelles blessures

Nous savons également que la Première Guerre mondiale a permis à la médecine de progresser. Aujourd’hui on parlerait de Damage Control, mais à l’époque on se retrouvait face à des blessures de nouveaux genres. De nouveaux fusils, l’apparition du lance-flamme, des combats au corps-à-corps avec des baïonnettes et également la propagation de gaz toxique comme le gaz moutarde. Et il a fallu tout apprendre, tout reprendre à zéro et surtout former rapidement les nouvelles infirmières bénévoles.

À cette époque, la formation initiale durait… 15 jours ! On apprend beaucoup de théories et la pratique ne se faisait que rarement. Elles apprendront les règles d’hygiène et d’asepsie mais apprendront à panser et même suturer ! Il fallait également apprendre à faire des toilettes, prendre un pouls et une température, poser des ventouses… Pourtant, elles devront être forte face aux blessés, des hommes amputés, des hommes à la gueule cassée… Les infirmières volontaires apprendront rapidement et efficacement. Les autres infirmières qui étaient déjà en poste avant la Grande guerre devront elles aussi se former à l’horreur de la guerre. Il faut par exemple aussi savoir que la première école d’infirmière a été créée en 1907 à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

« Toutes les femmes mues par un bel élan de patriotisme et un besoin d’abnégation voulaient être infirmières, bien que beaucoup d’entre elles fussent incapables de supporter la vue du sang. Elles ne se rendaient pas bien compte du rôle de l’infirmière; moi-même qui le connaissais et avais vu beaucoup de choses, je ne soupçonnais pas que l’avenir me réservât de telles visions. Il fallut donc endiguer cette foule de bonnes volontés, faire des cours, organiser des examens (…) »
 

Les « anges blancs » réconfortent et prennent soin des soldats

Rapidement, la guerre fait sont lot de blessés et de mort. Trop rapidement. Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour rencontrer des millions de blessés. On rapatrie dans les villes les blessés du front par train entier. Sauf que les conditions d’hygiène durant les transports n’étaient pas suffisantes et les trajets en train furent parfois très longs. Des blessés agonisaient, la douleur n’était pas soulagée, les plaies s’infectaient… Une fois arrivé, infirmières et médecins ne pouvaient que récupérer des soldats qui étaient destinés à mourir.

« Rien ne peut dire l’horreur de ces gémissements sortant de ce trou noir! car ils étaient dans l’obscurité complète! Il faisait une chaleur accablante, les portes de tous les fourgons étaient ouvertes; quand on s’en approchait, une odeur âcre de sang, de transpiration et de fièvre nous prenait à la gorge. Nous nous hissions comme nous pouvions, puis enjambant le corps de ces premières victimes des Boches, après le passage du major de garde, nous faisions des piqûres à la lueur d’une lampe, prêtée pour la nuit par un homme d’équipe; nous aidions ces braves des premiers chocs à changer de position et eux-mêmes nous indiquaient ceux dont l’état réclamait les soins les plus urgents; nous refaisions les pansements qui avaient glissé pendant le voyage ou qui étaient traversés; quelques blessés n’en avaient même pas; puis nous leur donnions à boire, car la fièvre, la chaleur et le voyage qui avait duré trois jours les faisaient souffrir de la soif. »

On se rend vite compte que transporter sur des centaines de kilomètres des blessés de guerre avec une jambe amputée par exemple n’est pas la meilleure des solutions. Face aux plaies infectées et à la montée croissante des fièvres, il faut alors trouver une autre solution.

Et la solution sera simple, ce n’est pas le blessé qui ira à l’hôpital, c’est l’hôpital qui ira au blessé. On installe rapidement les premiers hôpitaux mobiles sur le front, les médecins et les infirmières se retrouveront dès lors au plus près de la guerre. À partir de 1915, les ambulances d’urgence seront conduites exclusivement par les femmes et elles ont du boulot ! On apprendra la médecine d’urgence comme la chirurgie d’urgence, les premières vocations vont naitre. Derrière le front, on apprendra la médecine et la chirurgie autrement, on apprendra surtout à travailler sur la reconstruction maxillo-faciale.

« Les thermomètres étaient relevés et la température marquée; les pulsations signalées par un crayon de couleur sur les feuilles de température; puis venait le moment des toilettes : il fallait envoyer au lavabo les valides qui allaient clopin-clopant, leurs serviettes sur le bras, le savon en main, vers une salle spéciale où tous ces braves oubliant leurs souffrances passées et leurs douleurs présentes chantaient, sifflaient, riaient, s’aspergeaient et jouaient comme des enfants; il fallait préparer pour ceux qui ne pouvaient se lever une cuvette avec un peu d’eau chaude qu’on plaçait sur un tabouret près de leur lit et laver enfin ceux qui par leur position, leur état ou leur blessure étaient dans l’impossibilité de se servir eux-mêmes.(…) Si le chirurgien tardait trop je commençais les miens, ceux qui n’offraient rien d’anormal et je faisais alors un brin de causette, car une des principales préoccupations de l’infirmière doit être de distraire ceux qu’elle panse. »
 

Le rôle des infirmières est varié et important. Lors des opérations de chirurgie, elles assistent les chirurgiens. Elles pansent et donnent des analgésiques. Elles organisent au mieux les stocks de médicaments et de matériels. Enfin elles restent disponibles pour recevoir de nouveaux blessés. Elles s’occupent également de la rééducation du soldat, elles parlent avec les blessés, écoutent leurs maux.

L’infirmière a un rôle grandissant et surtout à cette époque, elle s’occupe de tout. Elles font le ménage, elles cuisinent pour les blessés, elles apportent une gaité auprès de soldats qui ont vu les pires horreurs, elles réconfortent…

Les infirmières, héroïnes de la Grande guerre

Monuments aux infirmières de Reims
Monuments aux infirmières de Reims. Source CRDP Reims

On comptera près de 350 infirmières qui décéderont durant la Grande Guerre. La Croix-Rouge recensera 105 infirmières qui perdront la vie durant les bombardements

Plus de 350 infirmières sont décédées du fait de la guerre. La Croix-Rouge dénombre 105 infirmières tuées lors de différents bombardements ou même lors d’attaques. 246 infirmières décéderont de suite de maladies contractées durant la guerre, on pense notamment à la tuberculose. On comptera également 2 500 infirmières blessées.

Un monument est érigé à Reims « À la gloire des infirmières et alliées victimes de leur dévouement » témoignant de l’investissement des soignantes françaises mais également étrangères puisque les  forces alliées comptaient en leur rang des médecins et des infirmières.

L’État français décorera plus de 10 223 infirmières et attribuera 323 légions d’honneur.

Source : « Les infirmières de la Grande Guerre, les anges blancs » du 02/04/2017 par Marine Gasc sur le site Raconte moi l’histoire« Infirmières dans la Grande Guerre » édité le 05/11/2014 par la Bibliothèque Clermont université « Les infirmières ou la quatrième armée » par Camille Lestienne du 19/08/2014 et édition Le Figaro du 29 décembre 1915